Préliminaire |
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Merci pour le silence ! Il y a près de 20 ans déjà, à Conques, haut lieu du pèlerinage vers Saint-Jacques-de- Compostelle, sur le portail d’entrée de la belle abbaye bénédictine, célèbre depuis l’époque carolingienne, on pouvait lire une affiche à l’adresse des touristes et visiteurs : « Le bruit ne fait pas de bien, le bien ne fait pas de bruit. Merci pour le silence ! ». Dans mon carnet de voyages, j’ai noté cette phrase, n’imaginant pas à quel point elle serait prémonitoire aujourd’hui ! L’autre jour, au restaurant, il est 14 heures, la plupart des dîneurs sont rentrés au bureau, mais subsiste une musique bruyante supposée agrémenter le repas des clients ou du moins adoucir la tâche du personnel. Timidement, je m’autorise à solliciter la baisse du volume. Réponse : « C’est comme çà partout, il en faut pour tout le monde ! ». Mais pourquoi nous imposer la surexcitation du disco, alors que le choix reste encore libre quant à la carte ? Est-ce pour combler le vide des conversations ou nous convaincre de la valeur de l’établissement? Aujourd’hui, pour faire « chic », c’est un Mozart (doux et sirupeux) qu’on introduit dans les salons des grands hôtels, le rap et le rock restant destinés aux grandes surfaces, stations services et magasins de mode (jeunes). Mais à la plage aussi, devant le lac de Côme ou sur une vieille place chargée d’histoire, loin pourtant du rugissement des automobiles et du vrombissement des motocyclettes, censés nous prouver la haute importance de leur conducteur, le droit au silence nous est bien souvent refusé au profit du dernier air à la mode. Faudra-t-il réglementer cette nouvelle pollution ? « On n’est pas tous obligés d’accepter vos goûts » me rétorque-t-on ! Sous entendu : ce n’est pas parce que vous révérez Jean-Sébastien Bach que nous devons vous ressembler. J’en conclus qu’il faudra que je garde ce surcroît de bonheur pour moi et les mélomanes de cette cour intérieure, où la rencontre du silence avec la musique fait sentir le secret de nos émotions. « Le silence est l’élément dans lequel se forme les grandes choses » Maeterlinck.
Comte Emmanuel de Lichtervelde
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